Quand vous regardez par la fenêtre du terminal et que vous voyez votre avion s’approcher doucement de la porte d’embarquement, vous avez sans doute l’impression qu’il revient tout juste d’une petite sieste au hangar. Pourtant, quelques heures plus tôt, cet appareil était peut-être entouré de soixante techniciens, moteurs ouverts et systèmes mis à nu. Chaque vol requiert l’attention de plusieurs dizaines de personnes, que ce soit pour le ravitailler, le nettoyer ou l’inspecter rigoureusement à la rampe lors de chaque escale. Parfois, c’est en amont que tout se joue, lors de vérifications encore plus poussées au cœur de nos hangars. Ce sont des opérations millimétrées, orchestrées dans l’ombre, pour vous permettre de partir à l’heure, mais surtout, en toute sécurité.

Pour comprendre ce qui se passe réellement derrière les portes closes des hangars d’Air Transat, nous avons rencontré l’un de nos superviseurs à l’entretien et aux opérations techniques, Mitchell Centeno, lors d’une inspection approfondie d’un appareil. Bienvenue dans son univers!
Qu’est-ce qu’un « a-check » et pourquoi est-ce nécessaire?
C’est un peu comme un grand entretien périodique pour une voiture, mais multiplié par cent en termes de complexité. En aviation, sauf quelques exceptions calendaires, on ne compte pas nécessairement en jours, mais surtout en heures de vol. À toutes les 1 000 heures de vol, donc, l’avion doit passer au hangar pour ce qu’on appelle une visite de type A, plus connue sous le nom de « a-check ».
Ce sont des inspections approfondies qu’on ne peut pas faire entre deux vols à la barrière (ce qu’on appelle la rampe). On vérifie la navigabilité et le bon fonctionnement de chaque composante. C’est une étape cruciale pour garantir que l’avion est non seulement sécuritaire, mais aussi performant.
Sur un modèle comme l’Airbus A321, cette opération prend environ 12 heures de travail intensif.

Seulement 12 heures? Comment s’organise cette inspection?
En toute honnêteté, c’est une course contre la montre! Si on commence à 5h45 le matin, l’objectif est que l’avion soit prêt à reprendre du service vers 18h le soir même pour un vol de nuit vers l’Europe. Un avion qui ne vole pas, ce n’est pas avantageux pour nous comme compagnie aérienne, donc on vise l’efficacité maximale.
Mais attention, vitesse ne veut pas dire qu’on brûle des étapes! Pour réussir l’inspection, on mobilise environ 60 personnes par rotation. C’est un travail d’équipe monumental où chaque geste est planifié par une équipe spéciale d’affectation des mois à l’avance pour que toutes les tâches se synchronisent parfaitement sur différentes portions de l’appareil.
Pour une inspection comme celle-là, c’est environ une soixantaine de personnes qui sont sollicitées. On a une équipe de jour d’environ 40 personnes, et une autre vingtaine qui arrive en fin de journée pour terminer le travail avant la remise en service. Ce travail d’équipe permet de couvrir chaque centimètre carré de l’appareil dans le temps imparti.

Concrètement, quand on entre dans le hangar et qu’on voit les moteurs ouverts, que se passe-t-il?
Lors d’une visite de type A, nous « ouvrons » littéralement l’avion. Pour réussir ce tour de force en seulement 12 heures, quatre équipes spécialisées travaillent en parallèle:
- La mécanique: C’est l’équipe qui va ouvrir les capots moteurs pour inspecter les composants internes, remplacer les filtres à huile des générateurs et vérifier les trains d’atterrissage. Elle va aussi tester les systèmes hydrauliques — les « muscles » qui actionnent les volets des ailes et les commandes de vol. Chaque joint, chaque filtre et chaque niveau de liquide est scruté à la loupe pour garantir une performance optimale dès que l’appareil retourne en ligne.
- L’avionique: Ces spécialistes se concentrent sur la « tête » de l’avion — son système nerveux. Ils testent les ordinateurs de bord et les systèmes de contrôle de vol qui permettent aux pilotes de communiquer avec la machine et de la commander.
- La structure: C’est l’équipe qui s’occupe de la cellule de l’avion en inspectant le métal ainsi que les matériaux composites de haute technologie pour s’assurer qu’il n’y a aucun dommage, même mineur.
- Les intérieurs: C’est celles et ceux qui veillent à ce que la cabine soit dans un état impeccable pour accueillir la clientèle.


Pourquoi l’équipe des intérieurs est-elle si essentielle à une inspection plutôt technique?
Parce que l’intérieur de la cabine, c’est ce que les passagères et passagers voient. C’est l’image de notre compagnie et c’est le sentiment global envers la marque qui est en jeu ici. Un siège déchiré ou une tablette tachée, ça ne fait pas bonne impression!
Pendant le a-check, notre équipe de mécaniciens d’intérieurs réparent les sièges, vérifient l’état des tablettes, et s’assurent que toutes les finitions sont impeccables. Même si un siège un peu usé n’empêche pas l’avion de voler, pour nous, c’est une priorité que chaque personne qu’on accueille à bord se sente dans un environnement soigné et confortable.

À quel point êtes-vous autonome par rapport aux pièces manquantes ou aux morceaux à réparer?
On est presque entièrement autonome! Notre atelier de tôlerie est une fierté. Nos techniciennes et techniciens peuvent défaire des pièces massives, comme les entrées d’air des moteurs d’un Airbus A330, les réparer en morceaux et les remonter. On travaille même sur des matériaux composites de haute technologie.
Mais pour les maintenances encore plus lourdes — ce qu’on appelle les visites de type B et C ou b-checks et c-checks, qui arrivent tous les deux ou trois ans — les avions partent le plus souvent dans des centres spécialisés en France, à Malte ou en Irlande. Mais ici à Montréal, on gère l’essentiel du quotidien avec une expertise incroyable.

Est-ce que l’intelligence artificielle commence à s’inviter dans vos hangars?
Oui, mais avec beaucoup de prudence. Compte tenu du contexte de notre métier, il n’y a absolument aucune place à l’erreur. On gère des vies humaines! Nos systèmes actuels sont déjà très intelligents: ils peuvent planifier un horaire de travail en quelques secondes selon le personnel disponible, l’expertise de chacune et chacun, et les pièces en stock.
L’intelligence artificielle va nous aider à raffiner nos données pour être encore plus prévisibles, mais le facteur humain restera toujours au cœur de l’inspection finale.

Qu’aimeriez-vous que les passagères et passagers sachent au moment de monter à bord?
J’aimerais qu’ils réalisent à quel point un avion est une machine extraordinaire et fiable. Quand on regarde un avion arriver à la barrière c’est facile de penser qu’il attendait là toute la journée. En réalité, il vient peut-être de passer dix heures à l’autre bout de l’aéroport à faire divers tests et entretiens pour être prêt juste à temps pour vous.
La clientèle ne soupçonne peut-être pas que chaque vol est le résultat d’un ballet invisible et incroyablement orchestré. Des équipes de technique, de planification du réseau, d’ingénierie, d’approvisionnement, en plus bien sûr des équipages, tout le monde travaille en totale interdépendance. Quand vous savez tout l’effort et la rigueur qu’il y a derrière, vous ne voyez plus jamais un vol de la même façon.
C’est cette passion que nous mettons dans chaque inspection, chaque vérification, chaque décollage.