Oubliez un instant les plages de sable blanc et les cocotiers penchés sur les eaux turquoise pour vos vacances en Martinique. Derrière l’éblouissante carte postale de la Martinique, l’île aux fleurs bat au rythme d’un passé complexe et profondément bouleversant. Franchir les portes d’un site historique de Martinique, c’est choisir d’écouter ce qu’elle a véritablement à raconter.
Sous la luxuriance du décor tropical se lisent des cicatrices profondes, forgées par la brutalité de la traite des noirs et la fureur aveugle des volcans. Aujourd’hui, plusieurs lieux témoignent d’une résilience à toute épreuve.
Plongée au cœur des mémoires martiniquaises et de ses richesses culturelles.
L’Habitation Clément
En Martinique comme en Guadeloupe, le terme « habitation » réfère à une plantation de canne à sucre, qui comprenait aussi la demeure des maîtres, les cases des esclaves et la rhumerie.
Fondé en 1883 au François, le domaine Clément s’impose comme un modèle absolu de préservation patrimoniale, illustrant l’architecture créole traditionnelle dans toute sa splendeur. L’ancienne distillerie a été reconvertie en centre d’interprétation, et la maison comme les cases peuvent êtres visitées. Un centre de dégustation nous permet d’apprécier le rhum agricole, qu’on ne trouve qu’aux Antilles françaises ou presque. À découvrir: le monovariétal fait de canne bleue!
Mais ce n’est pas tout: le vaste site réunit aussi le jardin de sculptures et la galerie d’art contemporain de la Fondation Clément, et l’ensemble est carrément impressionnant.
L’un des plus beaux sites historiques de Martinique, mais aussi des Caraïbes.
L’histoire de la Martinique à la Savane des esclaves
Au « village antan lontan » à Trois-Ilets, on raconte dans ce lieu de mémoire collective l’histoire des travailleurs des plantations, au début des engagés appelés « 36 mois », puis carrément des captifs.
Ceux-ci débarquent en Martinique, ainsi qu’en Guadeloupe, dès que la France met en place son industrie sucrière, fin XVIIe siècle. On explique donc le fonctionnement du fameux commerce triangulaire : la camelote embarquée à bord des navires dans les ports d’Angleterre, de France et du Portugal, échangée en Afrique contre des esclaves (2 kilos de perles de verre contre un homme), qui prenaient alors le large vers les Antilles.
C’est une visite émouvante, un devoir de mémoire nécessaire, que complète une nouvelle section consacrée aux autochtones de l’île. À commander à la buvette, un jus de bissap (fleur d’hibiscus), le temps de pleinement s’imprégner de la visite et se déposer dans ce lieu sacré.
Les vestiges archéologiques de Saint-Pierre
Le vent tiède qui balaie les ruines de l’ancienne capitale charrie bien plus que de simples embruns océaniques : il porte les murmures d’un passé tumultueux. Direction le nord pour explorer Saint-Pierre, l’ancienne capitale.
On l’appelle la Pompéi de la Caraïbe à juste titre: en 1902, la montagne Pelée fait éruption et détruit la capitale bourgeoise de l’île, qui s’étale à ses pieds. Tous les villageois périssent sauf… un prisonnier, protégé par son bunker.
Ledit prisonnier Louis-Auguste Cyparis racontera par la suite que personne n’avait osé quitter Saint-Pierre en dépit des signes avant-coureurs d’éruption, car un préfet l’avait interdit pour cause d’élections imminentes.
Aujourd’hui, on y arpente avec émotion les vestiges de l’ancien théâtre, de l’église du Fort et le célèbre cachot de Cyparis, tout en se baladant dans des rues bordées de jolies maisons aux volets colorés typiques de Saint-Pierre. Un lieu figé dans le temps, témoin silencieux de l’histoire de la Martinique.
Le monument du Mémorial Cap 110°
En avril 1830, un navire de transport d’esclave jette l’ancre dans les vagues tumultueuses d’anse Caffard près du village du Diamant. Il fera naufrage dans la nuit, entraînant dans la mort 46 esclaves enchaînés dans sa cale, ainsi que des marins.
Pour rendre hommage aux victimes et à l’abolition de l’esclavage, le mémorial du Cap 110° est composé de 15 monumentales statues blanches (la couleur des sépultures dans les Antilles) s’élèvent sur un promontoire face à la mer, formant un triangle qui évoquent le fameux commerce triangulaire décrit plus haut. Orientée au cap 110° parce qu’on présume que le navire provenait de la Guinée, l’œuvre du martiniquais Laurent Valère donne le frisson.
Le mémorial du Cap 110° est un lieu inoubliable et intimement lié à l’histoire de la Martinique, à voir absolument pendant son séjour.
Le patrimoine du tambour et du « trempage »
À Lakou A, à Gros-Morne, Renaud Bonard nous fait vivre une « journée traditionnelle » qui tourne autour d’un repas et du bèlè, un savant mélange de rythmes au tambour, de danses, de chants… Et c’est nous qui faisons le spectacle!
Quant au « trempage » en question, il s’agit d’un plat traditionnel que nous préparons tous ensemble en un moment de communion sociale. Sur des feuilles de bananier étalées sur une longue table, on déchiquète du pain mouillé qu’on garnit ensuite de tranches de banane et d’avocat. Pendant ce temps mijote une sauce goûteuse au poisson (ou à la viande), qui nappera la préparation. Ne reste plus qu’à déguster le tout… avec les doigts!
La découverte des ruines du Château Dubuc
Sur la presqu’île de la Caravelle, au cœur de la réserve naturelle, les ruines du château Dubuc nous offrent un contraste saisissant entre la beauté sauvage de l’océan Atlantique et le lourd passé de ces vieilles pierres. Bâtie au XVIIIe siècle par une puissante famille de colons, cette ancienne habitation sucrière nous dévoile peu à peu sa sombre histoire… Et c’est en marchant sur ces terres qu’on la réalise!
Derrière ces murs isolés et battus par les alizés, on imagine les intenses réseaux de contrebande et les cruelles opérations clandestines liées à la traite humaine qui s’y tramaient jadis, bien loin des regards officiels.
Aujourd’hui, alors que la nature reprend doucement ses droits sur ce monument historique, on profite d’une randonnée tout simplement spectaculaire.
Fort-de-France
Véritable musée à ciel ouvert, la capitale dévoile ses mémoires à travers ces monuments historiques à visiter pendant un séjour en Martinique:
- Le Fort Saint-Louis: Cette imposante forteresse militaire du XVIIe siècle qui surplombe la baie de Fort-de-France était autrefois considérée le bras armé du système colonial. Car c’est bien sous la protection de ses lourds canons que les navires accostaient pour décharger les captifs africains. Et puis, l’édification initiale de ces immenses remparts n’a été possible que par l’exploitation d’une main-d’œuvre que l’on devine servile.
- La Bibliothèque Schoelcher: Un chef-d’œuvre d’architecture en métal et en verre, transporté par bateau depuis l’Exposition universelle de 1889 à Paris. Cet édifice spectaculaire honore l’abolitionniste Victor Schœlcher, qui a offert sa vaste collection de livres aux Martiniquaises et Martiniquais pour garantir l’accès gratuit aux anciens esclaves et à leurs enfants.
- L’Ancien Palais de Justice (Espace Camille Darsières): Un superbe bâtiment néoclassique ayant abrité de grands procès coloniaux, aujourd’hui voué à la culture. Un lieu-clé de l’histoire de la Martinique.
- Le Pavillon Bougenot: L’une des très rares maisons bourgeoises de l’époque coloniale en bois ayant survécu au grand incendie de 1890.

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